Plus loin avec la rétention, le refus
Toute entité vivante qui, par définition, vit de relation et grâce à elle, doit gérer le couple tout/partie, que l’on peut associer à un autre couple essentiel, le couple acceptation/refus. Jusqu’alors, nous étions dans des situations de « danger » pour l’existence relativement bénignes. Mais, lorsque le « danger » pour l'existence de la conscience devient trop fort et menace son être, elle ne se contente plus de résister, d'actualiser je par rapport à l’extérieur, elle refuse, elle s’enferme. Faisant cela, la conscience va à l'encontre de ce qu'elle est fondamentalement : un être. Face à cet être, elle crée (actualise) du non-être qui est opposition à son être (qui ne peut que demeurer, puisqu'il est son essence) et en même temps elle crée du non-espace, du non-temps, de la non-énergie et de la non-mémoire (de l'oubli), etc.
« La conscience matérielle, c'est-à-dire le mental dans la Matière, s'est formée sous la pression des difficultés – des difficultés, des obstacles, des souffrances, des luttes. Elle a été pour ainsi dire ‘élaborée' par ces choses, et cela lui a donné une empreinte, presque de pessimisme et de défaitisme, qui est certainement le plus grand obstacle. [...] C'est la grande base, l'immense base de la Vie. La vie est appuyée là-dessus : sur ce NON. Un non qui prend mille formes, des millions de formes et de petites maladies ou de petites faiblesses, mais qui vont toutes vers leur soif du non final : la mort. » (Satprem, 1976, 199).
Ce « Non » n’est pas verbal, il est comportemental et implique de la part de la structure vivante une réponse, généralement non consciente, mais active, de retenue d'énergie extrêmement forte pour tenter de s'isoler du danger qui la menace. Il est même possible que ce type de réponse – retrait, résistance, refus – soit à l’origine de l’évolution des organismes, les solutions de survie ayant fonctionné, se trouvant progressivement intégrées et transmises à la descendance qui les reproduit automatiquement, créant progressivement de nouveaux organismes, de plus en plus complexes (de plus en plus cloisonnés).
Cette réponse de retrait, ce « Non » peut également se concevoir comme la réponse fondamentale systématiquement utilisée par le vivant (le conscient) face à l’adversité, mécanisme sans cesse remis en vigueur dès que des problèmes dans le relationnel des consciences se présentent. Par conséquent, nous la retrouvons, intégrée au mécanisme même du vivant dont la première réaction face à l'adversité est le retrait, la résistance, le refus, avec tous les effets secondaires qui en découlent.
Persistance
Le problème de base de ce « Non », c'est sa fixité. Alors que la conscience, par nature animée d'un dynamisme antagoniste fait d'opposés, peut choisir d'actualiser l'un des pôles plus que l'autre (potentialisant son contraire), le « Non » fige l'actualisation/potentialisation de la conscience qui ne peut alors plus changer, seule, son état. Lorsque l’être d’une entité consciente est menacé, se produisent les rétentions et lorsque cet être est vraiment gravement menacé, des refus. Alors, la simple présence, bien reliée au Boss peut ne pas être suffisante pour régler les problèmes qui se posent au niveau de l’esprit organisateur.


