Sutherland « vise » plus haut
Avec le Souffle de Vie, Sutherland « vise » plus haut dans l’enchaînement ou la hiérarchie des causalités (plus haut dans le cône pour reprendre nos concepts favoris !). Il s’adresse tout de suite et directement à la Source. Et si l’on imagine que les effets dépendent des causes, il paraît plus logique de s’adresser à la cause, autrement dit « il vaut mieux s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints. » Tout un courant ostéopathique spiritualiste propose de trouver cette connexion à la Source et de s’y abandonner pour lui laisser régler les problèmes trouvés dans le système corporel du patient.
Cette Source, c’est aussi l’Immobilité, non pas l’incapacité au mouvement, mais l’état d’immobilité tranquille, qui centre le mouvement. Becker tente de décrire cela dans un des textes ostéopathiques les plus merveilleux que je connaisse : « Be Still and know » (Apaise-toi et sache...). 2 Il cite d’ailleurs dans ce texte Sutherland parlant à ses étudiants :
« J’ai souvent dit que nous avons perdu une notion en ostéopathie que le Dr. Still a essayé de faire passer, c’est la part du Spirituel qu’il incluait dans la science ostéopathique » (Becker, 1951, 1).
Et pour Becker, l’essentiel dans l’attitude du praticien, c’est de tenter de se relier à cette source :
« Plus proche de moi qu’un souffle est le Créateur du mécanisme crânien. Plus proche du patient est le Créateur de son mécanisme crânien … Mes doigts qui pensent, sentent, voient et savent sont guidés intelligemment par le Grand Architecte qui a conçu ce mécanisme. L’interprétation que j’en donne importe peu, pourvu que mon trolley mental demeure en contact avec le fil »3 (Becker, 1951, 10).
Dans la considération hiérarchique cause/effet, on peut également interpréter la célèbre phrase de Sutherland : « La règle de l’artère est suprême, mais c’est le liquide céphalo-rachidien qui commande. » La règle de l’artère, c’est l’esprit organisateur à l’œuvre, le liquide céphalo-rachidien (pour Sutherland) est l’émissaire de l’esprit de vie ou Souffle de Vie. Notez que je ne discute pas ici de la véracité du pouvoir conféré au liquide céphalo-rachidien, je me contente de citer Sutherland pour faire comprendre ce qu’il voulait dire et à quoi il accordait la préséance (l’esprit de vie) et auquel il tentait de de se relier et de s’accorder.


