| Index de l'article |
|---|
| Livre : Biogène |
| Préface de l'édition américaine |
| Un étrange microcosme |
| Athéisme et matérialisme |
| Compte rendu de la conférence |
| Sommaire de l'ouvrage |
| Toutes les pages |
Page 5 sur 6
Compte-rendu de la conférence
(Extrait du Bulletin de la Société de Philosophie de Washington,
vol. v, pp. 102-105)
217ème réunion. 6 mai 1882.
Président Wm. B. Taylor au fauteuil.
La première communication est faite par M. Elliott Coues,sur les possibilités du protoplasme.
Ce qui suit est un résumé de cette communication qui a fait l’objet d’une publication plus complète sous le titre « Biogène : Spéculation sur l’Origine et la Nature de la Vie. » Abrégé d’un article sur les « Possibilités du protoplasme », présenté devant la Société Philosophique de Washington, le 6 mai 1882. Washington : Judd & Detweiler. 1882, 8vo, pp. 27.
Se référant à des articles précédents écrits sur la question de la Vie par M. Woodward et M. Ward, l’orateur s’oppose à toute théorie purement physico-chimique et adhère à la doctrine de l’existence réelle d’un ‘principe vital’. Admettant que toute substance, y compris le protoplasme, s’est développée à partir de matière nébuleuse, que l’évolution vers l’état protoplasmique est nécessaire pour que soit possible toute manifestation de la vie, et même que la vie apparaît nécessairement dans une matière ainsi élaborée, il n’en résulte pas que les résultats des processus par lesquels la matière est arrangée pour recevoir la vie sont la cause de la vitalité manifestée. Car tout ce qui est considéré comme opposition entre protoplasme et vitalité est simplement concomitant ; ou, s’il existe la moindre relation causale entre eux, la force vitale est la cause des propriétés particulières du protoplasme, et non pas le résultat de ces propriétés. Il existe réellement un potentiel inhérent ou principe appelé « vital » en vertu duquel la substance chimique appelée protoplasme manifeste de la vitalité, ce qui revient à dire est vivante, et en l’absence duquel aucune agrégation de matière, protoplasmique ou non, ne pourrait être vivante. La théorie physico-chimique ne fait que relancer l’abiogenèse [1], ou la « génération spontanée » sur laquelle nous ne connaissons rien de scientifique. L’erreur grave selon laquelle « la vie est une propriété du protoplasme » s’imposera de manière persistante tant qu’on ne sera pas parvenu à démontrer la différence existant entre protoplasme vivant et protoplasme mort. Aucune n’est connue.
—————
L’orateur discute de l’existence de l’âme comme instance séparée de la matière et de nature différente, définissant l’« âme » comme la quantité d’esprit que peut et doit posséder chaque corps vivant. Aucune idée ne peut se rattacher au terme « esprit » duquel toute conception de matière ne serait pas absolument exclue. L’esprit est une force immatérielle, auto-consciente ; la vie consiste en l’animation de la matière par l’esprit.
La substance de l’esprit et la substance de la matière sont notées comme également hypothétiques. À la première a été donné le nom de Biogène, ou matériau de l’âme, définie comme esprit en combinaison avec le minimum de matière nécessaire à sa manifestation. L’analogie entre le biogène et l’éther luminifère, ou l’hypothétique substance de la lumière a été discutée. La direction de la spéculation de l’orateur sur le principe vital comme ens realissimum (réalité ultime) va dans le sens d’une réexposition, en termes scientifiques, de la vieille théorie de l’anima mundi. Les notions modernes de matérialisme et d’athéisme concernant la vie ont été critiquées, chacune d’elle n’étant qu’un travestissement de l’absurde et monstrueuse constatation que l’atome auto-créé de matière pourrait pondre un œuf ayant le pouvoir d’éclore.
L’ensemble de la matière étant au-delà des possibilités perceptives de sens physiques, se trouve hors de portée de la science exacte ; mais il est irrationnel et non-scientifique de la renier, comme cela est virtuellement fait lorsque la science l’exclue de tout partage dans les phénomènes de la vie, en présumant expliquer la vie à partir de considérations purement matérielles. Aucune théorie physico-chimique de la vie n’est tenable qui ne parvient à expliquer de manière satisfaisante la différence entre, par exemple, une amibe vivante et une morte. Une explication qui n’a, à ce jour, jamais encore été donnée et ne pourra sans doute pas l’être.
Une discussion générale relative aux points soulevés par cet article suit. M. Powell rappelle ce qu’il considère comme une erreur fondamentale et fatale dans le raisonnement, à savoir, l’axiome selon lequel le tout égale la somme de toutes les parties, partout accepté comme étant vrai qualitativement aussi bien que quantitativement. Par ailleurs, il maintient que la cohérence de la logique requiert que ceux qui croient en la force croient aussi en le principe vital, et vice-versa. Alors que pour lui-même, toutefois, il n’y ni force, ni principe vital, mais seulement matière et mouvement. Trois relations doivent être bien marquées dans notre esprit, c’est-à-dire la quantité, la qualité et la succession, attendu que le physicien, en ne considérant que la relation quantitative, tombe dans l’erreur.
L’essentiel de ce qui supporte les vues de M. Coues, comme dérivant du sens commun de l’humanité est critiqué par M. Gill, comme sans fondement, étant donné que le sens commun de l’humanité a souvent été pris en défaut, comme, par exemple, pour la platitude supposée de la terre, le mouvement du soleil autour de la terre, etc., exemples montrant que ces critères sont faux. Paraphrasant le dicton d’un éminent philosophe, il pense qu’il existe une tendance des biologistes, ignorant de la philosophie comme des philosophes ignorant de la biologie, à établir une distinction entre les matière organique et inorganique, et d’en appeler à une « force vitale ». Il compare les protoplasmes vivant et mort à une batterie électrique en action ou au repos, et maintient que la vie est une propriété de la matière et ne peut être conçue comme séparée de la matière.
M. Harkness confesse sa croyance en la force et, par conséquent, en la force vitale et même en un peu de religion, qui l’ont poussé à poursuivre des recherches concernant la différence chimique existant entre les matières vivante et morte.
M. Ward fait remarquer que des points de vue très différents sont maintenus sur le sujet par deux classes de penseurs qui ne se rejoignent pas sur le plan intellectuel. De plus, bien que n’affirmant pas que la force vitale soit une superstition, l’attention est orientée vers le fait que les races infantiles attribuent tous les phénomènes à des instances surnaturelles, et qu’avec l’augmentation de la connaissance, il y a diminution en le nombre des recours à des instances surnaturelles.
La pierre angulaire de la science moderne, dit M. Doolittle, c’est la mesure. Nous devrions avoir un biomètre. Que serait la science de l’électricité sans les ohms, l’astronomie sans les orbites graduées, la chimie sans la balance ; qu’est la biologie sans la mesure. Y a-t-il plus de vie dans deux souris qu’en une seule ? Dans un cheval que dans une souris ? Tant que nous ne pourrons pas répondre à de telles questions, aucun progrès substantiel en biologie n’est à espérer.
—————
Après quelques discussions sans consistance, la Société se sépare.
[1] Abiogenèse : en biologie, formation d’organisme vivant à partir de substance inerte. L’abiogenèse, dans son sens le plus courant, est l’hypothétique génération de la vie à partir de la matière non vivante. Aujourd’hui, le terme est utilisé principalement en biologie, dans le contexte de l’origine de la vie. Quelques confusions existent à ce sujet, car les premiers concepts de l’abiogenèse ont été ultérieurementprouvés comme étant incorrects. Ces concepts précoces de la génération spontanée (référée ici comme « l’abiogenèse aristotélicienne » pour plus de clarté) soutenaient que les organismes vivants pourraient être « nés » du pourrissement des substances organiques. On sait maintenant que cela est impossible.



