Jean-François Mégret : juin 2003, Montpellier

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Présentation du mémoire

Le terme tenségrité a été forgé en 1949, par Richard Buckminster Fuller, un architecte et designer américain. Au départ, il s’agit d’une idée, ou plutôt d’un rêve, que Buckminster Fuller transformera en concept : celui d’une organisation architecturale associant « des îlots de compression dans un océan de tensions. » Contractant les deux mots « tensile » et « integrity », qui rendent compte d’une tension intégrale et intégrée, il appelle ce concept « tensegrity, » francisé en « tenségrité. »

Dans les années 1950, le sculpteur américain Kenneth Snelson concrétisera ce concept en produisant des sculptures arachnéennes dont les tubes comprimés semblent flotter dans l’air au sein d’une chrysalide de câbles, remettant ainsi en cause notre longue culture de la compression.

Les structures établies sur la tenségrité sont réalisées en reliant des barres par des câbles, sans relier directement les barres entre elles. On réalise ainsi un système rigide et déformable, stabilisé, non par la résistance de chacun de ses constituants, mais par la répartition et l'équilibre des contraintes mécaniques dans la totalité de la structure. Les principaux avantages de ce système sont sa légèreté, sa consommation minimale de matière première et surtout, sa souplesse et sa flexibilité, associées à une grande solidité.

La tenségrité est omniprésente dans la nature, y compris dans le corps humain. Le concept intéresse aujourd’hui particulièrement les chercheurs en biologie qui pensent que les cytosquelettes des cellules animales seraient conçus avec de telles structures : les microtubules sont au centre d'un réseau de contraintes compressives exercées par des filaments. Il semble que l’on puisse appliquer ce modèle de construction à toutes les parties du corps, de l’organisation microscopique à l’organisation macroscopique.

La tenségrité, principe structural novateur, a fait l’objet d’applications dans les domaines de la biomécanique et de la thérapeutique. Il importait de présenter ces résultats et de prolonger la réflexion dans une optique ostéopathique.
Présence d’éléments disjoints en compression au sein d’une tension continue, autoéquilibre stable et indépendance vis-à-vis de la gravité caractérisent les systèmes detenségrité. Les notions d’autocontrainte et de comportement non-linéaire sont essentielles.

  • A l’échelle microscopique, le rapport entre la structure (matrice extracellulaire,intégrines et cytosquelette) et la fonction (métabolisme, morphogenèse) repose sur latenségrité. L’équilibre des forces contrôle et régule la vie cellulaire. Le rôle de la matriceextracellulaire (fascias) est central dans les processus physiologiques et pathologiques.
  • A l’échelle macroscopique, plusieurs structures anatomiques (sacrum, épaule, rachis etsystème crânio-sacré) forment des systèmes de tenségrité. La notion de hiérarchie dessystèmes est soulignée, les fascias constituant un méta-niveau intégrateur. L’hypothèse d’unfonctionnement du corps entier selon la tenségrité est abordée.

La tenségrité ouvre la voie pour une vision biomécanique unitaire, étape essentielle pour la validation des concepts ostéopathiques. La mise en place de protocoles expérimentaux permettrait de prolonger notre réflexion.

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