Approche tissulaire de l'ostéopathie

Héritiers dans l'être ou dans l'avoir ?

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Héritiers dans l'être ou dans l'avoir ?

es ru « Par peur de fatiguer le lecteur en lui laissant croire qu'il n'y a pas de sagesse en dehors de ma famille, je dirais que la rivière de l'intelligence est aussi proche de vous et des vôtres qu'elle l'est de moi et des miens. Bien que, par chance, j'ai été le premier à tremper ma coupe dans le grand fleuve de l'ostéopathie, à boire et à leur donner ce fluide qu'ils savourèrent comme toutes les personnes intelligentes ayant bu à ce fleuve, le même courant coule pour vous. » (Still, 1998, 339).

Par ces mots, Still nous fait héritiers : ils nous propose de nous relier à la même source que lui et de poursuivre. Ce faisant, il nous fait héritiers dans l'être bien plus que dans l'avoir.

Cette distinction me semble essentielle. Hériter dans l'avoir est certes source de richesse matérielle, mais cette richesse est limitée. Hériter dans l'être est source de richesse infinie : « Si nous avons chacun un objet et que nous les échangeons, nous avons chacun un objet. Si nous avons chacun une idée et que nous les échangeons, nous avons chacun deux idées. » (Proverbe chinois in Favre, 1994, 271).

Au niveau de l’avoir, Still nous a laissé très peu de choses. Il évoque sans cesse dans quel esprit doit observer et travailler l’ostéopathe, mais il ne fournit quasiment aucune technique. Il semble que cela ait été de sa part délibéré : « Je désire exprimer clairement qu’il existe de nombreux moyens pour ajuster les os. Et lorsqu’un praticien n’utilise pas la même méthode qu’un autre, cela ne démontre aucunement de l'ignorance criminelle de la part de l'un ou de l'autre, mais simplement deux moyens différents pour obtenir le même résultat... Chaque praticien devrait utiliser son jugement personnel et choisir sa propre méthode pour ajuster tous les os du corps. Le problème n’est pas d’imiter ce que font avec succès quelques praticiens, mais de ramener un os de l’anormal au normal. » (Still, 2001, 44).

Il a, en revanche, beaucoup insisté sur l’être, développant largement les aspects philosophiques et spirituels de l’approche ostéopathique. C’est à ce niveau que je me sens héritier de Still. Je me sens connecté à la même source : celle de l'être, de la conscience.

De la conscience

Dans le numéro 4 de la revue belge Thinking, Jacques Andréva Duval dit quelques mots de Rollin Becker et de l’expérience vécue avec lui. Il propose quelques citations dont celle-ci : « Toutes les cellules ont deux choses en commun : 1/ une philosophie, 2/ un but. En tant que philosophie, elles sont universelles : elles obéissent aux mêmes lois ; en tant que but, elles ont simplement une action spécifique (cellules du foie, du système nerveux, etc.). Et nous, en tant qu’ostéopathes, nous acceptons leur action spécifique, mais nous travaillons avec leur universalité. » (Duval, 1998, 5).Pour l’ostéopathe, amoureux viscéral de la globalité, cette proposition est particulièrement intéressante : travailler avec l’universalité cellulaire nous place à un point de causalité, rêve secret de plus d’un praticien. Malheureusement, Becker ne nous précise ni à quoi correspond l’universalité cellulaire, ni ce qu’est la philosophie d’une cellule.