Approche tissulaire de l'ostéopathie

Tenségrité

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Puis, chercher à comprendre

L’étape suivante a consisté à chercher à comprendre à quoi pouvait bien correspondre cette perception, ce qui a conduit à la création d’un modèle. Mais Sutherland ne connaissait pas la tenségrité. Il a donc recouru à des modélisations mécaniques connues de lui, ancien imprimeur, métier dans lequel les professionnels sont sans cesse confrontés à de la mécanique. Il a d’ailleurs souvent utilisé le modèle des roues dentées pour expliquer la mécanique crânienne, modèle qui évoque des structures rigides articulées sur des axes, eux aussi, rigides. Sutherland l’utilise dans la métaphore de l’horloger :

« Cette image devrait être semblable à celle de l’horloger qui possède une connaissance mécanique des mécanismes complexes d’une petite montre de femme. Sans cette image mentale détaillée de la structure du crâne, le mécanicien ostéopathique de la structure osseuse humaine limitera prudemment son habileté aux choses qui lui sont familières. Sans cette connaissance exacte des surfaces articulaires du crâne, il est à peu près certain qu’il hésitera à admettre les affirmations de l’auteur de cet article relatives aux contraintes articulaires membraneuses » (Sutherland 1998, 80).

Ces modèles et métaphores, s’ils ont pu être utiles à l’élaboration du modèle de mouvement du mécanisme crânien, présentent toutefois un inconvénient majeur : ils ne sont qu’une grossière approximation de ce qui se passe réellement dans le système vivant. Sutherland et les premiers étudiants du concept crânien pouvaient s’en satisfaire, au moins pour une raison assez simple à comprendre : la plasticité était devenue leur réalité ordinaire de conception et de perception du système crânien, de sorte que, lorsque plus tard, ils ont mis en place le modèle mécanique de leviers rigides sur des axes, ils avaient toujours dans leur esprit et dans leur expérience corporelle, la plasticité présente dans le système. Implicitement, elle était associée au modèle mécanique centré sur axes et leviers.

« Le tronc du chêne le plus puissant conserve un certain degré de flexibilité jusqu’au moment où il devient une grosse bûche sans sève. On pourrait dire la même chose de la flexibilité du crâne, tant que la sève y demeure » (Sutherland A, 47).

Ils ont donc été capables dès le début de relativiser la véracité du modèle mécanique, en le vivant, sans doute de manière implicite, comme également plastique. Ils avaient dans les mains et dans l’expérience la tenségrité, mais ils n’avaient pas le concept, le modèle leur permettant de l’expliquer avec précision.

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