Dain L. Tasker : Les bruits articulaires - Pathologie et sons anormaux

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Pathologie d'articulations produisant des sons anormaux. - Il peut être judicieux de rappeler systématiquement les conditions dans lesquelles des mouvements passifs d'articulations produisent des sons. De cette manière, nous pouvons noter la différence entre les caractéristiques des sons habituellement reconnus par les médecins et ceux tout à fait particuliers au traitement manipulatif des subluxations.
Adhérences synoviales. - La rupture des adhérences entre les surfaces articulaires produit un son comparable à celui provoqué en cassant du bois vert, dans lequel les fibres se rompent successivement, au fur et à mesure que la force augmente. Les adhérences synodales sont consécutives à de nombreuses causes dont les plus simples sont la blessure légère et la non-utilisation de l'articulation. Le repos imposé suite à une blessure suffisante pour nécessiter la mise en route de processus de réparation résultera en de légères adhérences. Le mouvement volontaire de l'articulation est arrêté par ces adhérences. De telles conditions suivent souvent une entorse, ou l'immobilisation des articulations situées de part et d'autre d'une fracture. L'articulation peut être tout à fait correcte mais la maintenir fixée pendant la réparation de la fracture, fait perdre aux structures péri-articulaires leur élasticité et permet la création de légères adhérences.

Articulation non-utilisée ou légère entorse articulaire. - Une personne pusillanime peut parfois avoir tellement peur d'utiliser une articulation légèrement foulée que des adhérences se constituent et qu'elle perd le contrôle de son articulation. Je fus récemment appelé pour examiner un pied qui était très douloureux et impotent. Plusieurs mois auparavant, la cheville avait été foulée et depuis cet incident, le pied avait été mis au repos. Le pied était posé sur un oreiller ; il était raide et froid. L'examen révéla une mobilité très altérée qui semblait limitée comme par des bandes élastiques. Il n'y avait aucune inflammation dans le pied. Une force soudaine, appliquée tout d'abord en direction de la flexion, puis de l'extension provoqua une série de craquements indiquant la rupture des adhérences. L'amplitude de mobilité s'en trouva immédiatement augmentée. Si ces adhérences avaient été rompues six mois plus tôt, l'essentiel de l'atrophie musculaire de la jambe aurait été évité.
Un patient dont le fémur était fracturé resta alité pendant douze semaines et devint incapable de mobiliser son genou, à cause des adhérences constituées pendant la période de non-action imposée par l'éclissage. Une flexion forcée et graduelle du genou répétée chaque jour rompit graduellement les adhérences, jusqu'à recouvrer une mobilité normale.

Voilà des cas auxquels les médecins sont habitués. Les sons produits ne se reproduisent pas à chaque mobilisation, une fois réalisée la première mobilisation forcée. De telles adhérences sont consécutives au repos, mais toujours suite à une blessure, même légère, impliquant les structures articulaires. Je ne crois pas que la non-utilisation seule puisse provoquer des adhérences.
Articulations rhumatisantes. - Des articulations rhumatisantes manifestent parfois des états similaires aux foulures. Les adhérences se constituent pendant la période inflammatoire et persistent après sa disparition. Les rompre par des mouvements soudains rétablit souvent la mobilité normale.

Toutes les conditions précédentes sont la conséquence d'un certain degré d'inflammation. Le mouvement forcé rompt l'adhérence, qui, lors de la rupture émet un son. Le son ne se répète pas lors des mobilisations suivantes.

Cartilages semi-lunaires du genou. - Les cartilages semi-lunaires du genou peuvent se déplacer et provoquer d'importantes douleurs associées à une perte de mobilité. J'ai eu récemment l'occasion de traiter un cas rapportant beaucoup d'incidents de ce type alors qu'il faisait du vélo. En étendant la jambe pour pousser sur la pédale, la force fut exercée alors que la jambe était tournée en dehors. Une atroce douleur apparut soudainement et la jambe ne put plus être étendue. L'examen révéla un point extrêmement douloureux à la partie antérieure et externe de l'articulation. Le cartilage semi-lunaire avait glissé en avant et bloquait l'extension de l'articulation. En tenant la jambe entre mes genoux et en assurant avec le pouce une pression sur le point le plus douloureux, puis en fléchissant et tournant gentiment le tibia sur les condyles du fémur et enfin, en exerçant une extension très rapide, un son bien audible se fit entendre et la mobilité de l'articulation fut rétablie. Le son a indiqué le replacement du cartilage.