William Smith - Rencontre avec Still

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Rencontre avec Still

Il travaille alors comme représentant pour une maison de matériel chirurgical de Saint-Louis, (Missouri), ce qui lui fait rencontrer les médecins de Kirksville qui lui parlent d’un « vieux fou » qui a quasiment ruiné leur pratique et continue à mystifier tant de gens (Charles E. Still Jr., 138).

Cela constitua sans doute un défi pour le jeune Dr Smith. En posant au Dr Still quelques questions pertinentes, il se sentait de taille à le confondre comme escroc. Lorsque ils se rencontrèrent pour la première fois, Smith bombarda Still d’une longue série de questions sur l’anatomie et la physiologie et sur les meilleures méthodes pour diagnostiquer différentes maladies. À sa grande surprise, ce médecin de la frontière répondit très bien à ses questions et malgré le ridicule auqueil il s'exposait, il se sentit converti aux croyances d’Andrew (Charles E. Still Jr., 138).

À ce propos, la version donnée par Smith lui-même dans The Journal of Osteopathy de septembre 1896 diffère quelque peu :

Avant d’arriver à Kirksville, je n’avais jamais entendu parler de l’ostéopathie ni du Dr Still. De tout le monde, sauf des docteurs, j’entendais de bonnes choses à son propos et sur son travail. Mais des docteurs, que du mal. La divergence émanant de ces rapports m’intrigua. J’estimais que devait émaner de cet homme quelque chose hors du commun. L’entendre traiter par les profanes de « second Christ » et par les médecins de « damné vieux charlatan, » m’a convaincu qu’il était homme très en avance sur son temps, un homme avec des vues trop progressistes pour être bien compris. Je me suis résolu à le rencontrer (Schnucker, 1991, 74).

Still lui-même évoque cette rencontre dans son Autobiographie. Voici ce qu’il en dit :

Passé quelques mois, un docteur d’Édimbourg, en Écosse, vint à la maison pour s’entretenir avec moi et apprendre quelque chose sur la loi grâce à laquelle j’avais guéri et guérissais des maladies pour lesquelles la médecine avait de tout temps échoué. La conversation suivit à peu près ce cours : après qu’il se soit présenté, il déclara : « Je présume que vous êtes le fameux Dr Still dont j’ai tant entendu parler à travers tout l’état du Missouri. Je suis diplômé de médecine d’Édimbourg, en Écosse. Actuellement, je vends des instruments chirurgicaux et scientifiques pour Aloe & Co., de Saint-Louis. J’ai visité à peu près sept cent docteurs dans le Missouri et j’ai entendu parler de vous et de l’ostéopathie partout où je suis allé et depuis que je suis dans cette ville, l’ostéopathie est le seul sujet de conversation. J’ai essayé d’apprendre quelque chose sur elle par les docteurs du coin, mais ils ne m’ont pas dit un mot dessus. Je trouve très étrange que des docteurs ne connaissent rien d’un système de soins utilisé dans leur propre ville depuis cinq ou six ans, alors que des guérisons merveilleuses de fièvres, de dysenteries, de rougeoles, d’oreillons, d’épilepsies, de naissances sans douleurs, de réductions de goitres, de pneumonies, d’yeux infectés et d’asthme ont été rapportées dans tout l’état ; et, en fait, j’ai entendu dire que vous pouviez guérir avec ce système toutes les fièvres ou maladies de nos climats. Comme je fournis tous les docteurs de cette ville en instruments chirurgicaux, ils m’ont demandé de venir vous voir et d’enquêter sur votre méthode. Mais j’ai pensé honorable de vous dire que je suis un docteur en médecine ayant suivi une formation de cinq années à Édimbourg, en Écosse. » Il dit : « Ceux qui m’ont envoyé m’ont bien conseillé de ne pas vous dire que je suis médecin, car sinon vous n’accepteriez pas de me parler. »J’avais accueilli ce docteur à l’entrée de ma cour, près d’un mât duquel partaient des fils allant vers d’autres poteaux et aboutissant à ma maison et aux autres maisons du voisinage.
Je commençais à répondre aux questions du docteur en lui expliquant comment et pourquoi je pouvais guérir la maladie par cette méthode. En regardant le poteau supportant les deux fils dont nous venons de parler, je lui dis que puisqu’il avait la franchise d’évoquer les nombreuses années qu’il avait passées à l’université d’Édimbourg, de me dire qu’il avait vu la reine d’Angleterre, l’océan et beaucoup de choses que je n’avais pas vues, je pensais devoir moi aussi être franc et lui dire que j’étais un « homme ignorant » ayant passé toute sa vie dans l’ouest.
Still-et-Smith

A. T. Still et William Smith

Je ne désirais prendre aucun avantage sur lui et lui dis que j’étais un philosophe, mon père un pasteur, que je m’apprêtais à partir pour le Congrès ainsi qu’un certain nombre d’autres choses que mes frères et moi ferions ; mais, déterminé à être aussi honnête avec lui, je lui dis que j’étais ignorant et essayais de comprendre à quoi servaient ces deux fils en électricité1 . Il révéla qu’ayant reçu une initiation pratique en électricité, il pouvait tout me dire à ce propos. Il m’expliqua qu’en me donnant la peine de suivre ces fils, je trouverais leur extrémité dans des pots ou des cuves séparés contenant deux sortes de produits chimiques, comprenant différents éléments, les forces positives et négatives de l’électricité, et que dès que le moteur serait démarré et mis en mouvement, les qualités opposées viendraient à la rencontre l’une de l’autre avec une telle rapidité qu’une explosion sans fin en résulterait et durerait tant que le moteur continuerait son action ; il conclut en disant : « Ainsi, vous avez les ampoules électriques. Tous les fluides efficaces, les acides et ingrédients nécessaires à générer l’électricité se trouvent dans les cuves. »
À ce moment de son aimable explication, je lui demandai combien de genres de nerfs existent chez l’homme, question à laquelle il répondit gentiment deux, les moteurs et les sensitifs ou les positifs et les négatifs.
« Où se trouve la puissance d’action de l’homme, et où cette puissance est-elle générée? »
il dit que le cerveau a deux lobes et que c’est la dynamo.
« Bien, où se trouve le moteur? »
« Le cœur est le moteur le plus parfait connu. »
« Qu’est-ce qui fait fonctionner le cœur, docteur? »
« Je suppose que c’est l’esprit de la vie qui le fait fonctionner. »
« Est-il volontaire dans son action, docteur? »
« Il est involontaire et mis en marche par les forces de la vie. »
« Peut-être quelque électricité participe au fonctionnement du cœur, n’est-ce pas? »
« Eh bien, je devrais dire » dit le docteur « que les actions et les pourquoi de la vie animale ne sont pas encore complètement compris. Il y a encore beaucoup à apprendre sur l’activité de la vie. »
Alors, je demandai à mon nouvel ami, ancien d’Écosse et de Saint-Louis et encore plus ancien docteur de cabinet, là où il se remplissait de bière, avant qu’il ne parte pour voir « la plus grande foutaise de tous les siècles », quel effet aurait un pain de savon sur une batterie électrique si on en mettait un dans les cuves de fluide? Le docteur, cligna de l’œil et dit :
« Ça la foutrait en l’air. »
« Bien, docteur. J’aimerais vous poser une autre question. »
Il dit gentiment: « Certainement, je répondrai à toutes les questions que vous me poserez, si je le peux. »
Ayant appris qu’un pain de savon mettrait le foutoir dans une batterie électrique, je lui demandai quel effet auraient deux litres de bière sur les nerfs moteurs et sensoriels d’un homme une fois déversés dans son estomac ou sa cuve électrique ? Le docteur hésita une minute et dit : « Ça le rendrait diablement fou » et ajouta : « au diable votre ignorance en électricité. »
Je lui demandai ce qu’est la fièvre. Il répondit que cela dépendait de quelle sorte de fièvre je voulais parler. Je lui demandai s’il existait plusieurs sortes de fièvres, alors que je ne connaissais qu’une sorte de chaleur. Il continua et me parla des fièvres typhoïde, bilieuse, de la fièvre scarlatine ; il avait plein de fièvres, mais mon ignorance était si dense qu’elle ne me permettait de discerner qu’une seule sorte de chaleur dans toute la nature, résultant de l’électricité en mouvement, l’intensité marquant seulement les degrés de son action.
Je lui dis qu’à mon point de vue, tous les genres de nerfs comportent des centres dont partent des nerfs qui bifurquent et procurent la force aux vaisseaux sanguins, aux muscles et aux autres parties du corps, et je lui dis carrément de sortir de cette vieille ornière d’ignorance n’ayant derrière elle que pilules et stupidité. Je lui demandai d’imaginer quel effet nous obtiendrions en sectionnant les nerfs vasomoteurs. « Les vaisseaux sanguins pourraient-ils fonctionner, pousser le sang à travers tout le corps et maintenir la vie en mouvement, ou bien, en sectionnant le nerf moteur d’un membre, pourrait-il encore fonctionner ? Non, bien sûr ; que se passerait-il en ligaturant un membre de manière si serrée que l’innervation soit interrompue ? Pensez-vous que ce membre pourrait bouger ? Non, bien sûr. Alors, n’obtiendrait-on pas un effet similaire sur le cœur ou les poumons en interférant avec le ganglion sensoriel où que ce soit entre le cerveau et le cœur ? S’il en est ainsi, pourquoi pas diminuer la sensibilité et l’excitation du cœur et ralentir la vitesse du sang puisqu’ils obéissent simplement à l’électricité qui s’occupe des nerfs moteurs et qui, par sa trop grande activité, provoque dans toutes ces maladies la chaleur que vous appelez fièvre. Ne destinez-vous pas vos remèdes ou vos drogues aux nerfs qui contrôlent le sang et les autres fluides du corps ? »
Je donnai au docteur quelques « comment et pourquoi » en plaçant mes doigts sur les nerfs gouvernant le sang des entrailles et du cerveau.
À ce moment, il dit : « vous avez découvert ce que tous les philosophes ont cherché depuis deux mille ans sans jamais le trouver. » Il ajouta : « Je ne suis pas fou et, en tant que docteur en médecine, j’ai lu toute l’histoire et je sais qu’une telle philosophie n’a jamais été connue. Votre ville compte un certain nombre de docteurs stupides et imbéciles car ils vivent à dix pas de vous depuis cinq ans sans connaître les vérités de la science que vous avez révélée, ici, sous leurs nez. » (A. T. Still, 1998, 113-117).