William Smith - Élucidation

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Élucidation d’une affaire bizarre

En 1906, alors qu’il se trouve à New-York City, William Smith a l’occasion de lire dans une revue le récit du procès d’un nommé Albert P. Patrick, impliqué dans le décès d’un certain Rice, homme de quatre-vingt cinq an, grabataire, mort, selon son médecin, de mort naturelle. Un ancien serviteur de Rice, nommé Jones, confesse qu’Albert Patrick l’a incité à tuer le vieil homme. Il l’a fait en forçant Rice à inhaler du chloroforme. Le motif est l’argent : il existe en effet un testament contrefait de Rice en faveur de Patrick.

L’accusation reposait entièrement sur le témoignage de Jones et sur l’opinion du pathologiste selon laquelle les poumons du défunt étaient congestionnés, conséquence, pensait-il, de l’inhalation de chloroforme. Dans les quelques heures qui suivirent la mort de Rice, personne ne pensait à un meurtre, par conséquent, le corps avait été embaumé en injectant un liquide d’embaumement dans le système artériel.
Patrick fut condamné à mort et la sentence fut confirmée par la cour d’appel de New-York en juin 1905. La politique et certains politiciens s’impliquèrent dans l’affaire et demandèrent la réouverture du dossier de Patrick. La défense affirmait que la congestion dans les poumons ne pouvait avoir été détectée, étant donné qu’ils avaient été inondés de liquide d’embaumement. L’accusation objectait que le liquide d’embaumement injecté dans une artère n’atteignait jamais les poumons.
Cette dernière affirmation attira l’attention de William Smith. Il proposa immédiatement ses services pour démontrer le contraire. Ses déclarations furent publiées en janvier 1907 sous la forme d’un entretien dans le Sunnyside, une revue professionnelle new-yorkaise destinée aux ordonnateurs de pompes funèbres. L’entretien fut reproduit en deux parties, dans le Journal of Osteopathy de janvier et février 1907. Quelques années plus tard, la peine de Patrick fut commuée, mais il ne fut libéré qu’en 1914.
Dans l’entretien, Smith faisait allusion à son article « Sciagraphie et circulation » dans lequel il démontrait qu’une injection artérielle périphérique de produit de contraste atteignait effectivement la circulation pulmonaire. De plus, Smith présentait deux sciagraphies (qui n’étaient pas reproduites dans l’article original), montrant l’ensemble du corps après injection d’un produit de contraste. Le texte complet de son article de 1898 fut intégralement reproduit en 1907 dans le Sunnyside et dans le Journal of Osteopathy.
Dans l’entretien, Smith déclarait avoir personnellement embaumé et/ou autopsié plus d’un millier de corps. Il rappela également qu’il avait été élève du fameux expert médico-légal Sir Henry Duncan Littlejohn (1828-1914) (Grigg, 1967, 175-176).

En juin 1907, William Smith est de retour à Kirksville, enseignant l’anatomie. Le Journal of Osteopathy manifeste sa satisfaction en reproduisant un portrait de l’homme mûr Smith en première page du numéro de ce mois. Le numéro suivant (juillet 1907), publie un article rédigé par Smith qui, après avoir écrit à ses anciens professeurs à propos du cas de Patrick, présente leurs commentaires favorables, plusieurs portraits et autographes.